« Je suis devenu Eliott et je suis fier de l’être » 

Eliott, 16 ans, est un jeune homme trans qui a commencé sa transition sociale à 13 ans. Alors que 350 meurtres transphobes ont été recensés dans le monde en 2024, il raconte son parcours, entre difficultés et affirmations de soi, et partage son expérience avec bienveillance et résilience. 

“Je me suis rendu compte que j’étais un homme quand j’ai entendu parler des personnes transgenres. Cela m’a ouvert les yeux : je n’étais pas bien dans mon corps et entendre ‘elle’ me dérangeait. J’ai compris que pour mon bien-être, je devais changer. J’ai alors commencé à m’informer, à lire des témoignages et à échanger avec d’autres personnes trans. Ça m’a permis de mieux comprendre ce que je ressentais et de me sentir moins seul.” 

Comment s’est passée ton annonce à ton entourage ? 

À 15 ans, j’ai fait mon coming out : je me suis coupé les cheveux, j’ai commencé à porter des vêtements amples et j’ai demandé à mon entourage de m’appeler Eliott. Certains de mes proches essayent, mais beaucoup utilisent encore mon deadname [le prénom de naissance d’une personne trans ou non-binaire]. Avec ma famille, c’est plus compliqué : ma mère et ma sœur ne l’acceptent pas et pensent que c’est une « tendance ». Chaque discussion sur mon genre tourne à la dispute. Cela a été une période difficile, car j’avais besoin de leur soutien et de leur reconnaissance. Malgré cela, je suis resté ferme sur mon identité, car je savais que c’était la bonne décision pour moi. 

Quelles ont été les difficultés rencontrées ? 

Quand j’ai annoncé ma transition à mes parents, ils ont refusé d’écouter. Dans la rue, je reçois souvent des regards insistants et des remarques blessantes. Même mes ami·es ont du mal à me genrer correctement. Cela me met très mal à l’aise. J’ai aussi rencontré des difficultés pour obtenir des vêtements qui me faisaient me sentir bien et pour trouver un binder [une brassière aplatissant le torse]. Ces obstacles peuvent sembler anodins, mais ils ont un réel impact sur le moral et la confiance en soi. Heureusement, certaines personnes me soutiennent et m’aident à avancer. 

Comment gères-tu cette période d’attente avant les étapes médicales de ta transition? 

Je galère à avoir un binder, mais je fais avec. Dès mes 18 ans, je commencerai la testostérone et les opérations. Cela m’aidera à me sentir mieux dans ma peau et à m’épanouir pleinement. En attendant, le soutien de mes ami·es est essentiel : iels m’acceptent comme je suis, et cela m’aide beaucoup au quotidien. J’essaie aussi de me concentrer sur ce qui me fait du bien, comme la musique ; je joue de la guitare. Ce sont des moyens qui me permettent de canaliser mon énergie et d’exprimer mes émotions. 

Pourquoi avoir choisi le prénom Eliott ? 

Tout simplement parce que j’aime beaucoup ce prénom et qu’il s’accorde bien avec mon nom de famille. C’est celui qui me représente le mieux. Il me donne aussi un sentiment de cohérence et de légitimité : il correspond à l’image que j’ai de moi-même. C’est un vrai pas en avant dans mon affirmation. 

Qu’est-ce qui t’aide à avancer malgré les obstacles ? 

Ce qui me donne de la force, c’est de savoir que je suis sur le bon chemin. Même si tout n’est pas facile, je sais que je fais ce qu’il faut pour être moi-même. Le soutien de mes ami·es et de certaines personnes de la communauté queer m’aide énormément. Je me répète souvent que ma transition est un marathon, pas un sprint, et que chaque petite avancée est une victoire. 

Quel message aimerais-tu faire passer ? 

Les identités de genre ne sont pas des opinions, mais des réalités vécues. Ignorer ou rejeter l’existence des personnes trans, c’est nier leur expérience et leur dignité. L’acceptation et le respect des différences permettent de créer des ponts, pas des murs. Ouvrir son esprit, c’est avant tout reconnaître l’autre. Je voudrais dire à toutes les personnes trans ou non-binaires qui doutent ou qui souffrent qu’elles ne sont pas seules, et que leur identité est légitime. Peu importe les épreuves, nous avons le droit d’exister et d’être respecté·es.